Nicolas Grimaldi
Un article de Puf.

Actualité
Pour ce qui concerne Nicolas Grimaldi, mieux vaudrait parler d'inactualité, car les questions qui le préoccupent prioritairement ne sont pas d'actualité, ou l'ont toujours été du fait qu'elles sont inactuelles, comme le sens de l'être et celui de la vie, le temps, la liberté, la solitude, le mal ou l'expérience du moi. Quand tel auteur s'interroge sur celui "Qui dit je en nous", quand tel autre s'inquiète de "La crise du sens" ou quand un troisième dénonce, tout récemment, "La fin de l'exception humaine", c'est son actualité, quoique souvent dans le désaccord. Son actualité est ainsi, régulièrement, celle de l'étonnement que paraissent tant de livres posant des questions auxquelles il a répondu depuis trente ans, ou proposant des réponses qu'il a parfois rendues caduques depuis aussi longtemps.
Quoiqu'il s'en départisse vivement et ne se reconnaisse pas en elle, Nicolas Grimaldi n'est toutefois pas indifférent à son époque. Parce qu'en allant à l'essentiel on élucide mieux encore l'accidentel, il semble être à même de porter sur elle un regard particulièrement intéressant. Ainsi, pour ce qui est de l'actualité au sens de l'interprétation des temps présents, sans avoir l'outrecuidance d'aucun prophétisme il en a proposé, dans "L'homme disloqué", une analyse d'autant plus éclairante et saisissante qu'elle est conséquente avec les principes fondamentaux de son ontologie du temps et de son éthique de la vie.
Si Nicolas Grimaldi a une actualité, c'est donc vraisemblablement au sens de l'intempestivité. Celle-ci est d'ailleurs double : quand au fond d'abord, en tant que sa philosophie ne suit pas les traverses de l'époque ni ne se perd dans ses travers (modes structuralistes, de la déconstruction, etc.). Intempestivité quant à la forme ensuite - et la valeur du fond est en ce sens aussi une conséquence de la forme -, car on chercherait en vain, aujourd'hui, une entreprise de philosophie comme la sienne, allant directement à la rencontre du réel, de l'expérience que nous en faisons et de l'analyse conceptuelle qui permet de l'élucider, quand ses contemporains ne sortent plus de l'histoire des idées.
Disons enfin que l'actualité philosophique médiatique n'est plus la sienne depuis bien longtemps et que la sienne - si elle vient - est donc encore à venir.
[Cette rubrique, comme l'ensemble de cette notice, a été rédigée par Didier Cartier à la demande de Nicolas Grimaldi.]
L'auteur par lui-même
L'expérience première et irréductible étant celle de la conscience, donc de la séparation, de l'absence et de l'attente, le défi de la philosophie est apparu initialement à Nicolas Grimaldi comme étant celui de rendre raison de la présence de l'esprit dans la nature et donc de la négativité dans l'être. Pour répondre à ces questions, il a ainsi d'abord développé une phénoménologie du désir et une ontologie du temps.
Ayant par la suite découvert dans le concept de tendance ce qui permettait de rendre compte de la façon la plus satisfaisante à la fois du temps et de la vie, il s'est attaché à rendre raison de l'expérience de la vie tant dans ses dimensions ontologique qu'éthique. C'est d'ailleurs cette éthique de la vie qu'il développe dans ses derniers travaux, soit pour l'analyser directement elle-même comme dans son Traité des solitudes, soit pour en tirer l'élucidation d'expériences dérivées comme celle du mal, par exemple dans son ouvrage sur Judas ou dans sa récente enquête sur les plus ordinaires préjugés et paradoxes.
On pourrait dire qu'il a ainsi tenu une promesse et comblé une attente formulées l'une et l'autre par deux penseurs contemporains:
- la promesse est celle de Heidegger, faite dès 1927: penser l'être comme temps. Mais la troisième section de Sein und Zeit ne sera jamais rédigée, et Heidegger y renoncera comme il l'indique au début de sa conférence de 1962 sur Temps et Etre. Cette promesse, quoique davantage inspiré par Bergson que par Heidegger, Nicolas Grimaldi l'a tenue en constituant une ontologie du temps.
- l'attente est celle de Hans Jonas. Devant l'avènement dès le 17ème siècle d'un savoir qui se développait, selon son expression, comme "une ontologie de la mort", l'auteur du Principe responsabilité souhaitait en 1973 voir s'élaborer une philosophie de la vie dont il précisait les grandes lignes dans son livre sur Le Phénomène de la vie. Parce qu'elle était le nécessaire corrélat d'une ontologie du temps, Nicolas Grimaldi avait développé cette philosophie de la vie dès 1971, pour la parachever en 2003 par une remarquable éthique de la vie.
Enfin, s'agissant de la solidarité de cette éthique et de l'ontologie qui l'étaye, sa doctrine permet d'échapper au nihilisme, au cynisme ou à l'esprit de dérision qui ont englouti la pensée contemporaine. Si elle répond à la question du sens de la vie, c'est d'une manière particulièrement originale, c'est-à-dire sans se satisfaire d'un voeu pieux ou d'une réhabilitation des solutions classiques du problème. Dépassant l'incantatoire "pari sur le sens" que fait quelqu'un comme Georges Steiner, refusant le retour à peine masqué à l'onto-théologie auquel s'emploient quelques autres, ou encore évitant les mièvreries néo-kantiennes qui tentent d'établir un humanisme non métaphysique, Nicolas Grimaldi répond à cette interrogation sur le sens par la mise en évidence de la générosité et du rayonnement intrinsèques de la vie. En un hommage à l'infini qui transparaît dans le fini, cette pensée révèle la vie comme la gloire du temps et nous invite à rayonner en elle et avec elle.
Parcours
Professeur des Universités:
1971-1973: Brest.
1973-1976: Poitiers.
1976-1983: Bordeaux.
1983-1994: Sorbonne-Paris IV (chaire d'histoire de la philosophie moderne, puis chaire de métaphysique.
1988_1989: Directeur du Centre d'études cartésiennes à Paris.
Thèmes de recherche
- L'ontologie du temps et de la vie
- la conscience malheureuse, l'expérience de la solitude et l'éthique de la vie
- L'imaginaire
- L'art
- Le travail
Bibliographie
- Ouvrages
- Proust, les horreurs de l'amour, PUF, "Perspectives critiques", 2008
- Perspectives critiques : la Revue 3, PUF, "Perspectives critiques", 2007
- Préjugés et paradoxes, PUF, "Perspectives critiques", 2007
- Descartes et ses fables, PUF, "Perspectives critiques", 2006
- Perspectives critiques : la Revue 1, PUF, "Perspectives critiques", 2006
- Le livre de Judas, PUF, "Perspectives critiques", 2006
- Traité de la banalité, PUF, "Perspectives critiques", 2005
- Socrate, le sorcier, PUF, "Perspectives critiques", 2004
- Traité des solitudes, PUF, "Perspectives critiques", 2003
- Ambiguïtés de la liberté, PUF, "Perspectives critiques", 1999
- Ontologie du temps, PUF, "Questions", 1993
- Aliénation et liberté, Masson, Paris, 1972
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